« Virtus Seriniana » : l'itinéraire d'une ode scolaire à Nicolas Zrínyi de Gdańsk à Paris (1664)
Résumé
La correspondance de l'astronome Ismaël Boulliau (1605-1694), conservateur du cabinet Dupuy au palais parisien de la famille De Thou, constitue un fonds majeur pour l'étude des échanges scientifiques, diplomatiques et politiques du XVIIe siècle. Grâce aux rapports qu'ils entretenait avec Stanisław Lubieniecki, théologien socinien, et avec Johannes Hevelius, astronome actif à Gdańsk, Boulliau était toujours bien informé des nouvelles polonaises. En même temps, il recevait les copies des rapports qu'un agent envoyait régulièrement de Vienne à Pierre des Noyers, secrétaire de la reine de Pologne Louise-Marie de Gonzague. De surcroît, ses informateurs polonais et viennois permettaient à l'astronome français d'être au courant des événements de Hongrie, théâtre militaire de la guerre menée par les forces ottomanes contre l'alliance chrétienne en 1663-64. Dans la possession de Boulliau, on retrouve plusieurs documents relatifs à Nicolas Zrínyi (1620-1664), poète, écrivain et chef de guerre croato-hongrois, dont les exploits militaires lui valurent une renommée européenne pendant ce conflit. Dans cet article, nous présentons quelques lettres qui parlent de lui, ensuite nous nous focalisons sur un poème latin composé au lycée protestant de Gdańsk, dont la copie manuscrite fut reçue par Boulliau. Écrit à l'éloge de Zrínyi, le texte fut originairement publié sous forme imprimée, dans une édition bilingue, munie d'une version allemande. L'ode fut récitée le 15 mai 1664 dans l'auditoire du lycée par l'élève Christoph Crebisius, avec le soutien de son professeur Johann Peter Titz (1612-1689). Vu leur expérience avec la poésie circonstancielle, tous les deux ont pu contribué à la genèse des deux poèmes, et puisque tous les deux écrivaient de temps en temps des poèmes paratextuels pour des ouvrages astronomiques, l'un et l'autre ont pu faire parvenir le poème à Boulliau. Tandis que le poème latin abonde dans les lieux communs d'une culture scolaire, comparant les exploits chrétiens aux douze travaux d'Hercule, la version allemande évite de surcharger son lecteur avec des références érudites. Les deux textes s'accordent sur la nécessité d'une alliance entre les pouvoirs chrétiens sous l'enseigne de l'empereur Léopold Ier. Enfin, l'article propose une édition des poèmes latin et allemand avec une traduction littérale hongroise.